Dyslexie chez l'adulte : signes, diagnostic et démarches

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Dyslexie chez l'adulte : peut-on la découvrir tard ?

Vous avez toujours lu lentement, relu trois fois vos mails professionnels, ou évité les situations où il faut lire à voix haute ? Ce n'est pas un défaut de volonté. Voici ce qu'il est utile de savoir.

Quels signes chez l'adulte ?

Le déchiffrage lent, les erreurs de lecture et la difficulté à reconnaître rapidement un mot décrits par l'Inserm chez l'enfant peuvent persister chez l'adulte.

Vous avez toujours lu lentement, relu trois fois vos mails professionnels, ou évité les situations où il faut lire à voix haute ? Ce n'est pas un défaut de volonté. Voici ce qu'il est utile de savoir.

Quels signes chez l'adulte ?

Le déchiffrage lent, les erreurs de lecture et la difficulté à reconnaître rapidement un mot décrits par l'Inserm chez l'enfant peuvent persister chez l'adulte. La plaquette de la Fédération nationale des orthophonistes et de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI, 2023) décrit chez l'adulte les signes observables suivants :

  • une lecture très lente, peu fluide et peu automatisée ;
  • des difficultés à comprendre les textes longs, avec parfois un vocabulaire restreint ;
  • une formulation écrite difficile et une orthographe fragile ;
  • des signes indirects : évitement de l'écrit, absence de traces écrites, stratégies de camouflage.

Au quotidien, cela peut se traduire par exemple par des relectures répétées d'un mail ou d'un document avant de l'envoyer, une fatigue rapide à la lecture, ou le fait de déléguer les formulaires et les écrits professionnels.

Ce que décrivent des adultes dyslexiques

Une dyslexie peut passer inaperçue pendant toute la scolarité. Beaucoup d'adultes de plus de trente ans n'ont jamais été dépistés enfants. Certains comprennent seulement après la fin de leurs études pourquoi la lecture leur a toujours coûté plus d'efforts qu'aux autres, d'autres l'apprennent quand leur propre enfant passe un bilan. Recevoir un diagnostic tard soulage souvent : ce qui passait pour de la lenteur ou un manque d'application reçoit enfin un nom, et il devient possible de chercher des aides adaptées.

Sans accompagnement, certains adultes se retrouvent dans des situations personnelles et professionnelles difficiles : évitement de l'écrit, choix d'orientation limités, perte de confiance en soi. Dans les cas les plus extrêmes, la difficulté de lecture mène à l'illettrisme.

Dyslexie et travail

Le travail est le lieu où la dyslexie pèse le plus chez l'adulte : mails, comptes rendus, formulaires, notes et consignes écrites reviennent chaque jour, et la lecture lente ou l'orthographe fragile s'y voient davantage qu'ailleurs. Beaucoup de salariés compensent en silence, en relisant plus longtemps ou en évitant l'écrit, ce qui coûte du temps et de l'énergie. Le poste peut pourtant être adapté : un logiciel de dictée vocale allège la rédaction, et d'autres outils numériques, comme la synthèse vocale pour se faire lire un texte ou un correcteur orthographique, peuvent aider.

En orthophonie, l'accompagnement d'un adulte part de son niveau de lecture réel, laisse de côté les bases déjà acquises et mise sur des stratégies de compensation, avec des outils choisis pour ses situations de travail. Les aides et aménagements disponibles sont décrits plus bas.

Dyslexie et illettrisme : ne pas confondre

La plaquette FNO-ANLCI distingue deux situations. L'illettrisme concerne un adulte scolarisé en France qui ne maîtrise pas les compétences de base (lire, écrire, compter, utiliser les outils numériques). La dyslexie est un trouble spécifique et durable de l'acquisition de la lecture. Toutes les personnes en situation d'illettrisme ne sont pas dyslexiques, et inversement, mais la dyslexie est plus fréquente parmi les personnes en situation d'illettrisme. La dyslexie peut s'accompagner d'une dysorthographie ou d'une dyscalculie.

La plaquette cite deux repères chiffrés : 6 à 8 % de la population française serait concernée par la dyslexie (Inserm, 2017), et l'illettrisme touche 7 % des 18-65 ans (INSEE-ANLCI, 2012, données en cours de renouvellement). Ces chiffres ne concernent pas les mêmes populations et ne s'additionnent pas. Les estimations varient selon les sources, les tranches d'âge et les définitions : l'Inserm donne par ailleurs 5 à 7 % des enfants d'âge scolaire pour l'ensemble des troubles spécifiques des apprentissages.

L'orthophoniste intervient sur prescription médicale et prend en charge les troubles de la communication orale et écrite à tout âge. Le bilan détermine la nature précise des troubles, leur étendue et les objectifs de l'intervention ; le diagnostic repose sur l'histoire de la personne, les signes, les symptômes, les examens et des tests. La prise en soins est personnalisée et vise à compenser les difficultés et à améliorer les performances, pour favoriser l'autonomie dans la vie sociale, professionnelle et citoyenne.

Pourquoi un diagnostic si tardif ?

Le diagnostic tardif s'explique d'abord par le dépistage : beaucoup d'adultes de plus de trente ans n'ont jamais été repérés enfants, à une époque où le dépistage des troubles « dys » était moins répandu. Une personne dyslexique qui compense bien, par la mémoire, l'intelligence ou l'évitement de l'écrit, peut également traverser sa scolarité sans être repérée. La dyslexie ne disparaît pas à l'âge adulte : elle concernerait 6 à 8 % de la population française selon l'Inserm (2017), et il y a donc, parmi les adultes, de nombreuses personnes qui l'ignorent

Comment obtenir un bilan quand on est adulte ?

  1. Parlez-en à votre médecin traitant, qui peut vous orienter vers un spécialiste.
  2. Faites réaliser un bilan orthophonique : voir Bilan orthophonique adulte.
  3. Selon les cas, un bilan neuropsychologique complète l'évaluation.

Que peut-on mettre en place au travail ?

Une prise en charge adulte est plus personnalisée et tient compte des compétences déjà acquises : l'orthophoniste peut sauter certaines bases et travailler des stratégies de compensation. Les outils numériques, comme la dictée vocale, peuvent alléger certaines tâches. Sur les droits, la démarche la plus courante est la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), demandée auprès de la MDPH : elle ouvre l'accès aux aides de l'Agefiph pour conserver ou trouver un emploi, y compris pour aménager le poste. Elle est volontaire : votre employeur n'est pas informé automatiquement. Les étapes, les droits associés et leurs limites sont détaillés plus bas dans la rubrique consacrée à la RQTH. Votre médecin du travail ou votre médecin traitant peut vous aider à constituer le dossier.

Dyslexie ou lecture lente par manque de pratique ?

Beaucoup d'adultes lisent lentement sans avoir de trouble, par manque de temps ou de pratique. Ce qui distingue une dyslexie, selon l'Inserm, c'est un trouble durable de l'apprentissage de la lecture, présent depuis l'enfance chez une personne dont l'intelligence est adéquate. Si vous avez eu des difficultés dès l'apprentissage de la lecture, que ces difficultés ont persisté malgré vos efforts et qu'elles influencent encore vos choix d'études, de métier ou de loisirs, un bilan peut avoir du sens. Un simple questionnaire en ligne ne suffit pas à conclure : seul un bilan mené par des professionnels permet d'écarter d'autres explications.

Comment se déroule un bilan quand on est adulte ?

Le principe est le même que chez l'enfant : un médecin oriente, l'orthophoniste réalise le bilan du langage écrit, et le diagnostic est posé par un médecin après exclusion d'autres causes (Inserm). Le bilan fait le point sur la lecture, l'orthographe, la compréhension et les stratégies que vous avez construites au fil des années

Préparez le rendez-vous en repérant des situations concrètes : lecture à voix haute, relecture de documents professionnels, lecture de consignes ou de formulaires, orthographe des mails. Si vous en avez, conservez les bulletins ou comptes rendus de votre scolarité qui mentionnent des difficultés en lecture.

Et si c'est mon enfant qui est dyslexique ?

Pour certains adultes, la découverte arrive quand leur propre enfant passe un bilan. L'Inserm indique que les troubles spécifiques des apprentissages touchent 5 à 7 % des enfants d'âge scolaire. Si vous vous reconnaissez dans les difficultés de votre enfant, vous pouvez en parler à votre médecin traitant, comme tout adulte.

La RQTH : reconnaître officiellement son handicap au travail

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) est, selon l'Agefiph, la démarche la plus courante pour faire reconnaître administrativement son handicap. Elle donne accès aux aides et services de l'Agefiph pour conserver ou trouver un emploi. Elle concerne les salariés, les demandeurs d'emploi et les travailleurs indépendants dont l'état de santé a des répercussions sur la possibilité d'exercer un emploi.

Les étapes indiquées par l'Agefiph sont les suivantes.

  1. Déposer la demande auprès de la MDPH de son département. Le formulaire s'obtient à la MDPH, sur son site ou auprès des CAF, et s'envoie en 2 exemplaires.
  2. Joindre un certificat médical récent établi par le médecin traitant, ainsi que les pièces justificatives demandées. Un bilan orthophonique peut y figurer.
  3. Attendre la décision de la CDAPH, au sein de la MDPH. Le délai varie selon les départements et une visite médicale peut être demandée.

Le médecin du travail, le médecin généraliste, une assistante sociale ou le service du personnel peuvent aider à constituer le dossier.

Ce que la reconnaissance apporte, et ce qu'elle ne change pas

Selon l'Agefiph, elle ouvre droit à un accompagnement par un spécialiste du handicap, à des formations ou contrats aidés et à des aides financières de l'Agefiph pour compenser le handicap et, si besoin, aménager la situation de travail. Dans la fonction publique, c'est le FIPHFP qui joue ce rôle. Le statut ouvre aussi, selon l'Agefiph, un préavis doublé en cas de licenciement, dans la limite de trois mois, et un accès à la retraite anticipée sous conditions.

La démarche est volontaire et personnelle : l'employeur n'est pas informé automatiquement. Si vous choisissez d'en informer votre employeur ou le médecin du travail, ils sont tenus à la confidentialité. La discrimination liée au handicap dans l'emploi est interdite, et une personne ne peut pas être licenciée pour le seul motif de son handicap.

Parler de dyslexie à son employeur est un choix personnel. Il n'y a pas de réponse universelle : certains préfèrent demander seulement des outils ou un temps supplémentaire pour une tâche précise, d'autres s'appuient sur la médecine du travail.

Foire aux questions

La dyslexie peut-elle apparaître à l'âge adulte ? C'est un trouble durable qui existe dès l'enfance ; il peut simplement être repéré tard (Inserm).

Faut-il un bilan pour être reconnu dyslexique ? Oui : le diagnostic est posé par un médecin après des bilans spécialisés, dont celui de l'orthophoniste (Inserm).

Existe-t-il un traitement ? Il n'existe pas de technique miracle ; on compense et on améliore (Inserm).

Peut-on être dyslexique et avoir fait de longues études ? Oui : les troubles « dys » touchent des personnes dont l'intelligence est adéquate (Inserm), et beaucoup d'adultes ont développé des stratégies de compensation.

Sources et recommandations officielles

  • FNO et ANLCI, plaquette sur les difficultés de lecture et d'écriture chez l'adulte (2023, date de publication non indiquée dans le document), https://fill-livrelecture.org/wp-content/uploads/2024/03/PlaquetteFNO-ANLCISept2023v3-1.pdf
  • Agefiph, Comment obtenir la reconnaissance de votre handicap (RQTH) (publié le 22 février 2019), https://www.agefiph.fr/demarche/comment-obtenir-la-reconnaissance-de-votre-handicap-rqth
  • Agefiph, Statut de personne handicapée, https://www.agefiph.fr/centre-aide/statut-de-personne-handicapee