Dysphasie : reconnaître un trouble du langage et poser un diagnostic orthophonique
Dysphasie : reconnaître un trouble du langage et poser un diagnostic orthophonique
Certains enfants parlent peu, cherchent leurs mots ou semblent avoir du mal à construire des phrases. Pour les parents, il peut être difficile de savoir si ces difficultés font simplement partie du développement… ou si elles traduisent un trouble plus spécifique du langage.
Dans certains cas, ces difficultés peuvent être liées à une dysphasie, aujourd’hui appelée trouble développemental du langage (TDL).
La dysphasie est un trouble du neurodéveloppement qui affecte la compréhension et l’expression du langage oral. Elle ne s’explique ni par un manque de stimulation, ni par une déficience intellectuelle, ni par un trouble auditif.
Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, les troubles développementaux du langage concernent environ 7 % des enfants d’âge scolaire, ce qui en fait l’un des troubles du développement les plus fréquents.
Lorsqu’un doute existe, un bilan orthophonique permet d’évaluer les compétences langagières de l’enfant et de déterminer s’il s’agit d’un simple retard de langage ou d’un trouble durable comme la dysphasie.
Qu’est-ce que la dysphasie ?
La dysphasie — ou trouble développemental du langage — est un trouble qui affecte l’apprentissage et l’organisation du langage oral.
Elle peut se manifester par :
- des difficultés à comprendre certaines phrases
- un vocabulaire limité
- des difficultés à construire des phrases
- une organisation du discours peu claire
- des erreurs grammaticales fréquentes
Contrairement à un simple retard de langage, les difficultés observées dans la dysphasie persistent dans le temps et nécessitent une prise en charge spécialisée.
Aujourd’hui, les classifications médicales comme le DSM-5 regroupent la dysphasie dans les troubles développementaux du langage, une catégorie de troubles du neurodéveloppement.
Dysphasie ou retard de langage : quelle différence ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes des parents.
Un retard de langage correspond à un développement plus lent que la moyenne. L’enfant finit généralement par rattraper son niveau.
La dysphasie, en revanche, correspond à un trouble structurel du langage. Même avec l’apprentissage et l’exposition au langage, certaines difficultés persistent.
Selon les recherches publiées dans la revue Developmental Medicine & Child Neurology, les enfants présentant un trouble développemental du langage peuvent rencontrer des difficultés linguistiques durables qui affectent la communication et les apprentissages scolaires.
Quels sont les symptômes de la dysphasie ?
Les symptômes peuvent varier selon l’âge de l’enfant et la sévérité du trouble.
Ils concernent principalement deux dimensions du langage :
- la compréhension
- l’expression orale
Symptômes chez le jeune enfant
Certains signes peuvent apparaître dès la petite enfance.
Par exemple :
- apparition tardive des premiers mots
- vocabulaire limité
- difficulté à assembler les mots
- phrases très courtes
- difficultés de compréhension
- difficulté à raconter une histoire
Certains enfants semblent également avoir du mal à organiser leurs idées en phrases, ce qui rend la communication difficile.
Symptômes à l’âge scolaire
À l’école, la dysphasie peut se manifester par :
- difficulté à comprendre les consignes longues
- difficulté à expliquer une idée
- phrases grammaticalement incorrectes
- vocabulaire limité
- difficultés de lecture et d’écriture
Les enseignants peuvent aussi observer que l’enfant :
- participe peu à l’oral
- évite certaines situations de communication
- a du mal à raconter un événement.
Symptômes à l’adolescence
Chez certains adolescents, les difficultés peuvent persister sous d’autres formes :
- difficulté à structurer un discours
- lenteur pour formuler une idée
- difficultés dans les exposés oraux
- difficultés dans les interactions sociales.
Dysphasie et troubles associés
La dysphasie peut être associée à d’autres troubles des apprentissages.
Par exemple :
- dyslexie
- dysorthographie
- dyspraxie
- trouble de l’attention (TDAH)
Les recherches montrent que ces troubles du neurodéveloppement peuvent apparaître ensemble.
Une étude publiée dans The Lancet Child & Adolescent Health souligne que les troubles neurodéveloppementaux présentent souvent une comorbidité importante, ce qui signifie qu’un enfant peut présenter plusieurs troubles simultanément.
Quelles sont les causes de la dysphasie ?
Les causes de la dysphasie ne sont pas entièrement connues.
Les recherches scientifiques suggèrent une origine neurodéveloppementale, liée au développement des réseaux cérébraux impliqués dans le langage.
Plusieurs facteurs peuvent intervenir :
- facteurs génétiques
- maturation cérébrale atypique
- différences dans le traitement phonologique du langage.
Certaines études en imagerie cérébrale ont montré des différences dans les régions du cerveau impliquées dans la compréhension et la production du langage.
Ces régions incluent notamment :
- l’aire de Broca
- l’aire de Wernicke
- certaines régions temporales.
Des travaux publiés dans la revue scientifique Nature Reviews Neuroscience décrivent ces différences dans les circuits cérébraux impliqués dans le traitement linguistique.
Comment diagnostiquer la dysphasie ?
Le diagnostic de la dysphasie repose sur une évaluation orthophonique approfondie.
Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, l’évaluation des troubles du langage doit être réalisée par un orthophoniste diplômé, capable d’analyser les différentes dimensions du langage.
Le bilan permet notamment d’évaluer :
- la compréhension orale
- l’expression verbale
- le vocabulaire
- la syntaxe
- la phonologie
- la mémoire verbale
- les capacités narratives.
L’objectif est de déterminer si les difficultés correspondent à un retard de langage ou à un trouble développemental du langage.
Quels tests sont utilisés lors d’un bilan dysphasie ?
Lors d’un bilan orthophonique, l’orthophoniste peut utiliser différents tests standardisés.
Ces outils permettent de comparer les performances de l’enfant avec celles d’enfants du même âge.
Parmi les tests utilisés :
- ELO (Évaluation du Langage Oral)
- NEEL (Nouvelles Épreuves pour l’Examen du Langage)
- Exalang
- BILO
Ces tests permettent d’évaluer précisément :
- la compréhension des phrases
- la richesse du vocabulaire
- la construction grammaticale
- la mémoire verbale
- les capacités de narration.
Comment se déroule un bilan orthophonique ?
Un bilan orthophonique se déroule généralement en plusieurs étapes.
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Entretien initial
L’orthophoniste échange avec les parents pour comprendre :
- l’histoire du développement du langage
- les difficultés observées
- le contexte scolaire
- les antécédents familiaux.
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Passation des tests
L’enfant réalise différents exercices adaptés à son âge :
- compréhension de phrases
- répétition de mots
- description d’images
- construction de phrases.
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Analyse clinique
L’orthophoniste analyse les résultats afin d’identifier :
- les compétences linguistiques
- les difficultés spécifiques
- les points forts de l’enfant.
-
Restitution des résultats
À la fin du bilan, un compte rendu orthophonique est remis.
Il peut recommander :
- un suivi orthophonique
- des aménagements scolaires
- un accompagnement pluridisciplinaire.
Dysphasie et scolarité
Les enfants présentant une dysphasie peuvent bénéficier d’aménagements scolaires.
Ces dispositifs permettent d’adapter l’apprentissage aux besoins de l’enfant.
Les plus fréquents sont :
- PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé)
- PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation)
Ces dispositifs sont encadrés par le Ministère de l'Éducation nationale.
Dysphasie et reconnaissance du handicap
Dans certains cas, la dysphasie peut être reconnue comme un handicap.
Cette reconnaissance peut être demandée auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées).
Elle peut permettre :
- des aménagements scolaires
- un accompagnement spécialisé
- certaines aides administratives.
Peut-on soigner la dysphasie ?
La dysphasie est un trouble durable, mais la prise en charge orthophonique permet d’améliorer les compétences de communication.
Une étude publiée dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry montre que l’intervention orthophonique précoce peut améliorer :
- les compétences linguistiques
- la communication
- les résultats scolaires.
Plus la prise en charge est précoce, plus les progrès peuvent être importants.
Vivre avec une dysphasie
Avec un accompagnement adapté, de nombreux enfants développent des stratégies qui leur permettent de mieux communiquer. L’entourage joue également un rôle essentiel.
Les parents peuvent notamment :
- encourager la communication
- laisser du temps à l’enfant pour s’exprimer
- reformuler les phrases correctement.
Quand consulter un orthophoniste ?
Il peut être utile de consulter si votre enfant :
- parle peu après 2 ans
- utilise peu de phrases après 3 ans
- comprend difficilement certaines consignes
- présente des difficultés persistantes pour communiquer.
Un bilan orthophonique permet d’évaluer la situation et d’orienter vers une prise en charge adaptée si nécessaire. En cas de doute sur le développement du langage, consulter un professionnel permet souvent d’apporter des réponses et d’accompagner l’enfant au plus tôt dans son apprentissage du langage.
Sources
https://www.inserm.fr/dossier/troubles-specifiques-apprentissages/
https://onlinelibrary.wiley.com/journal/14698749
https://www.nature.com/articles/nrn2113
https://acamh.onlinelibrary.wiley.com/journal/14697610
https://www.thelancet.com/journals/lanchi/issue/current




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